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Après les évennements de Safi lors du match KACM-Asfi, et la violence du public local contre les visiteurs et le corps arbitral, on croyait que le verdict de la commission de discipline est définitif même s'il était allégé à mon sens. Nous revoilà encore devant le laxisme des membres de cette commission suite à l'appel du club safiot, au moment où les instances du football en europe montre une certaine fermeté et sont décidés plus que jamais de combattre ce fléau par tout les moyens.
Dans le dernier SO FOOT, le sociologue Nicolas Hourcade publie un article intitulé "Vers des stades sans violence", dont le but semble être de faire le point. A l'heure où les ligues européennes, Michel Platini en tête, se sont fixés pour objectif d'éradiquer la violence des tribunes, la violence de ceux qu'ils considèrent à juste titre et selon l'expression de pertinente de Joël Quinioux des "pseudo-supporters", Nicolas Hourcade se montre plus que sceptique, critique.
Les chercheurs de complexité
"Derrière l'idée d'éradication, écrit le sociologue Hourcade, se cache l'idéologie d'un monde sportif qui se voudrait à part, préservé des turpitudes du monde".
On en arrive à cette idée de la "complexité des tribunes", à l'éternisation du problème sous prétexte de politique de "contractualisation" avec les "fans", ou pire encore, à cautionner la triste idée selon laquelle "chaque société crée des soupapes", et qu'il faudrait que les stades restent, jusqu'à un certain point, "des lieux de défoulement".
Ce glissement théorique dramatique provient d'un mal qui ronge la recherche universitaire française en Sciences humaines, et qui consiste à adopter le principe de ne pas s'opposer aux idées des collègues, aux idées "admises par la communauté des chercheurs" et "scientifiquement validées". Il en résulte un exercice d'équilibriste qui tente vainement de réconcilier tout et son contraire, et qui aboutit peu à peu à l'incapacité de trouver de nouvelles idées.
"Les Anglais ont limité le hooliganisme mais il n'a pas complètement disparu. Il s'est éloigné des stades. Et la culture des bagarres des vendredis et samedis soir ou des virées sur la côté espagnole demeure bien ancrée". Cette remarque de Patrick Mignon est d'un intérêt majeur. Mais elle ne suggère à Nicolas Hourcade que cette conclusion très contestable: "Qu'y gagne-t-on si la violence baisse autour des matches mais qu'elle se reporte, voire s'aggrave dans d'autres sphères sociales?" Autrement dit, la théorie de la soupape, "privilège" du football.
L'observation de Mignon est pourtant d'une extrême importance. Elle prouve définitivement une chose: que la violence n'est pas le fait du football. Elle subsiste ailleurs, elle se déplace ailleurs. Pour elle, le match n'était qu'un prétexte et le stade un espace "ouvert" où on la laisse opérer.
Autrement dit, la remarque de Mignon tord le cou à cette idée sous-jacente dans les écrits de nombreux chercheurs, selon laquelle le football est, en lui-même, générateur de violence. Dans ce sens, Frédéric Thiriez a totalement raison de rappeler que "ce n'est pas le football qui crée la violence". Paradoxalement, le rugby est là pour confirmer cette idée. Si le jeu, par sa violence intrinsèque, génére la violence qui s'empare des tribunes, alors chaque match de rugby devrait tourner au massacre.
Deux idées reçues majeures tournent autour de cette question.
La première est que le football mène à la violence. Elle veut pour preuve le fait que c'est que dans les stades de foot que les problèmes se posent, et pas ailleurs, et que ça dure depuis toujours. Cette idée n'est jamais vraiment contredite, et quand c'est le cas, comme le fait Monsieur Thiriez, on se voit accuser d'"idéologie du monde sportif". Les défenseurs les moins scrupuleux de la thèse football-violence n'hésitent pas à écrire, comme le fait Perelman, que toujours, tout le temps et à chaque match, la violence du football se déchaîne. C'est un pur mensonge. Sur des dizaines de milliers de matches qui ont lieu chaque mois dans le monde entier, le pourcentage des matches à incidents est infime. Et on sait très bien que, durant les périodes de bien-être social, le stade est paisible et festif.
Pendant des dizaines d'années du grand football uruguayen entre 50 et 70, des stades pleins, 70 mille spectateurs, avec des familles, et l'absence totale d'incidents entre supporters. Ce n'est qu'avec la dictature et la crise sociale profonde, la faim, la répression et la montée de la criminalité, que des incidents ont fait surface à Montévidéo autour des matches.
Mais l'idée reste sous-jacente aussi chez les chercheurs positifs et sérieux parce qu'ils supposent que notre société est démocratique, équilibrée, sans problèmes majeurs, parce qu'ils oublient qu'on sombre facilement pour peu qu'un accident survienne, et qu'un accident peut concerner un individu, une famille, une ville, une région, et même tout un pays. Illusionnistes d'une société "démocratique" qui se veut exemplaire, ils n'admettent pas pleinement la cause, extérieure au jeu. Ou, pire encore, ils flirtent avec "l'idée de la soupape", cette idée qui fait du football le lieu choisi consensuellement pour le "lavage des violences sales".
La théorie de la soupape est vieille comme le monde. Mais son âge la rend encore plus révoltante. Le jeu, le football, le plaisir de millions et millions de gens est détourné en instrument cynique et sinistre du pouvoir politique, ou plus récemment, des idéologues attardés du pouvoir culturel qui n'aiment pas vraiment le jeu. "Les pouvoirs" croient en tirer un double pofit: 1) la violence est manipulée contre les pauvres gens eux-mêmes et 2) le football apparaît comme la cause des incidents. Il en résulte que les propagateurs les plus radicaux de cette idée du football-violence sont les meilleurs défenseurs du système, dont ils contribuent à cacher les tares en accusant les joueurs.
Il en résulte aussi une alliance tacite entre cette position portée par certains intellectuels, CRS ou pas, et le hooliganisme. En effet, si le football produit de la violence, alors le hooligan est déresponsabilisé: il ne fait que propager une force dont les vrais coupables sont sur le terrain.
La question de la violence des stades est celle des tribunes. Il ne s'agit pas d'amalgamer, comme si c'était la même chose, sous le même terme "violences" comme le fait Nicolas Hourcade, les bagarres des tribunes et les fautes commises par des joueurs pendant le match.
Il fut un temps où, dans certains pays, une équipe perdait le match si "sa" tribune n'avait pas un comportement correct. Ce temps est en train de revenir, au football, au basket, en Europe et en Amérique du Sud. C'est bien.
Ça veut dire que le monde du Jeu, le monde du football notamment, ne veut plus se faire complice de "la soupape", ne veut plus instrumentaliser le spectacle. Le monde du football commence à refuser enfin de sacrifier son "ascension culturelle" au dictat des pouvoirs politiques et culturels en place. Le monde du football se défend enfin contre la manipulation.
Il a raison, Platini, quand il dit, en artiste qu'il reste, "il faut protéger le sport". Nicolas Hourcade devrait se poser la question suivante puisqu'il lui faut une soupape: et pourquoi nous? et pourquoi le football? Pourquoi faut-il que l'école soit protégée et pas le stade, Monsieur Hourcade?
Il est dorénavant souhaitable que les autorités du football aillent beaucoup plus loin. Pour remettre le football dans le cadre que sa culture mérite, il faut une Loi des tribunes. Et si la violence doit aller ailleurs, qu'elle y aille. La tribune ne peut pas être un terrain vague sans loi, laissé ouvert, cocotte-minute d'une violence extérieure. La Loi du football doit aussi définir des lois des tribunes, avec ses fautes et ses sanctions sans appel. Avec ses arbitres.
Si, jusqu'à présent, la tribune a pu être manipulée en tant que soupape disponible partout et à tout moment par le pouvoir et par les hooligans, c'est parce qu'elle est restée hors-la-loi. Les instructions récentes données aux arbitres montrent que la Loi du jeu commence à intégrer vraiment cet aspect. Mais il faudra annexer noir sur blanc, à la Loi du jeu, une Loi des tribunes, imposer cette Loi des tribunes aux autorités, et éradiquer, oui, éradiquer du jeu, ceux qui viennent dans un esprit de bagarre.
Le foot doit défendre son stade au nom du jeu, de sa culture et de son art. Faute de quoi, on sortira des cartons les projets futuristes de stades minuscules et luxueux plus réservés qu'un opéra. Et ce sera bien fait.
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