Hicham Dmiai : « On a tous des rêves avoués et inavoués… »

Hicham Dmîai est un cas à part. On avait le souvenir d’un joueur élégant, qui promenait sa classe en milieu de terrain du Kawkab des 90’s, champion du Maroc et d’Afrique (CAF- 96). On le retrouve aujourd’hui avec la même dégaine d’Andy Garcia à la tête du même Kawkab, sérieux prétendant au titre. Pas mal pour un promu à l’effectif improbable, mélange de revanchards (Alloudi), d’espoirs (le fils Bahja) et de vétérans costauds (Zitouni et le Capverdien Nelson, 35 et 36 ans). Fils d’instituteurs, bachelier sciences maths aux études avortées par le foot, Hicham fait de belles phrases. Interview garantie sans retouches.

Quand est-ce que tu as choisi d’être entraîneur ?

Très tôt, mes entraîneurs m’avaient fait comprendre que j’avais les qualités pour ça. A 21 ans, Louzani m’a confié le brassard de capitaine du Kawkab. C’était rapide, il faut savoir que deux mois avant de jouer en équipe nationale cadets (U17), je jouais encore dans mon quartier en préparant mon bac. Au début, ce n’était qu’un brassard, puis au fil du temps ça s’est transformé en relation plus intimes avec les autres entraîneurs, sous forme de consultations. Je faisais le tampon entre les dirigeants et les joueurs, entre les entraîneurs et les joueurs. J’estime en toute honnêteté que j’ai beaucoup aidé mon club sur ce plan.

Comment s’est passé ton intégration dans le monde du foot ?

C’est cruel, je me suis retrouvé projeté dans un monde auquel je n’étais pas préparé… Je venais d’un milieu plus protégé que les autres, mon père était plein de principes. Dans le foot de quartier, je n’avais pas de problèmes, mais une fois arrivé dans l’équipe junior, qui jouait le championnat, c’était autre chose. Une année après, je me retrouve en équipe senior, avec d’autres magouilles, un autre monde. Moi, je ne connaissais que le foot et les études, et là, il y avait d’autres intérêts. J’ai beaucoup souffert, j’aurais pu laisser tomber. Je remercie mon père, qui m’a inculqué l’amour propre, cette propension à relever les défis. Je peux douter, avoir des échecs, mais sur la durée, je ne me laisse jamais abattre. Il y a des choses dans l’inconscient de nos personnalités. Souvent, je me bats pour prouver quelque chose, à moi-même plus qu’aux autres.

Tu rêves du titre?

Logiquement, non. Il y a des équipes mieux préparées que nous, qui ont plus d’atouts pour gagner un championnat. Parmi les choses qu’on apprend dans ce métier, c’est de ne pas se fixer la barre trop haut parce qu’on peut être sujet à des déceptions brutales. Quand on encaisse le coup, ça peut être fatal, il y a des retombées psychologiques, il peut être dur de s’en relever. Mais soyons sincères, on a tous des rêves avoués et inavoués… Je me refuse à cette idée mais, inconsciemment, dans un coin de la tête…

Notre championnat est pourri par les simulations, ça a commencé quand d’après toi ?

Ça a toujours existé, c’est juste que ce n’était pas télévisé. C’est la médiatisation qui fait relever les incongruités du foot marocain. C’était déjà là avant… Il faut aller voir les matchs de championnat nationaux des cadets, juniors, espoirs… il faut entendre les entraîneurs demander à leurs joueurs de rester par terre. C’est facile de blâmer les seniors, mais quand ils arrivent en équipe première, ils ont déjà ça ancré en eux… On a l’impression que les joueurs d’aujourd’hui manquent de foot, qu’ils sentent moins le jeu qu’avant… Oui, parfois c’est flagrant que le joueur ne fait pas le bon choix. Si tu regardes le Barça, le joueur a des solutions latérales, en arrière, diagonales, et quand il y a une passe qui va permettre à un coéquipier d’aller au but, il la fait immédiatement. Toi tu l’as à peine vue, lui il l’a faite, la passe. Le joueur marocain, il la voit aussi mais vu sa formation de base, il ne peut pas l’exécuter. Avant, les qualités de coordination, on pouvait les acquérir dans la rue, sur des terrains tordus. Il n’y a plus de rues où joueur au foot, plus de terrains vagues, vu le prix du mètre carré. Les centres de formation n’ont pas pris le relais.

Mais cette passe, certains ne la voient même pas…

Oui, on manque de joueurs qui font basculer un match. Omar Hassi ou Reda Riyahi par exemple, ces joueurs ont disparu… Aujourd’hui, peu de joueurs ont cette qualité. Lembarki d’Al Hoceïma, il a l’intelligence de jeu… Hafidi de l’an passé, aussi, Moutouali, dans un registre encore plus large, et il a un potentiel bien supérieur à ce qu’il montre. Après, il y a un problème de constance.
Si les matchs sont ennuyeux, c’est parce qu’il n’y a pas beaucoup d’occasions, parce que la qualité des attaquants et les milieux offensifs est faible. Dans les 30 derniers mètres, souvent, ils ne savent pas faire grand-chose avec le ballon.

Merci, alors, on se revoit avant une demi-finale contre le Bayern ?

(Rires) C’est un sujet qu’on traite dans la licence A : comment contrer le Bayern ? On a tous la réponse, mais après, il faut la faire appliquer sur le terrain, et là, c’est autre chose…